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Samedi 17 octobre: mobilisation nationale pour les Droits des Femmes

06-10-2009

journée pour les droits des femmesL’idée d’organiser une manifestation nationale pour les Droits des Femmes le samedi 17 octobre 2009 est née à la suite de la manifestation du 8 mars cette année. Celle-ci a en effet rassemblé près de 7000 personnes à Paris, beaucoup s’étant mobilisées pour défendre le planning familial, attaqué deux mois plus tôt par un décret qui visait à supprimer les crédits qui lui étaient alloués.

La mobilisation avait commencé dès janvier 2009: en quelques semaines, plus de 150 000 personnes avaient signé la pétition pour refuser la disparition programmée du planning familial. Suite à cette pétition et à la manifestation du 8 mars, le gouvernement a reculé et rétabli les crédits de l’association. Le planning reste vigilant car dans plusieurs départements, le déblocage de crédits suffisants pour permettre au planning d’assurer sa mission de service public n’est toujours pas assuré.

Cette mobilisation massive des organisations politiques, syndicales, associatives et de l’opinion publique a mis en lumière deux choses.

D’abord, qu’en matière de droits des femmes, comme en matière de droits sociaux d’ailleurs, peu d’acquis pouvaient être considérés comme définitifs. Le planning a fourni un exemple parlant mais dans d’autres domaines, où l’on pensait pourtant les droits acquis, la situation se dégrade. L’accès à l’avortement pour toutes par exemple n’est aujourd’hui plus une réalité dans tous les départements. Les restrictions budgétaires dans les hôpitaux entrainent la fermeture de centres d’orthogénie et la réorganisation d’autres. Ces «réorganisations», mot pudique pour cacher plus souvent des démantèlements purs et simples, entrainent des suppressions de postes et l’éclatement d’équipes de travail militantes qui défendaient au quotidien le droit à l’avortement.

Autre exemple récent: en cette rentrée, le gouvernement a également tenté de s’attaquer au droit des femmes à une retraite décente. Alors que les femmes touchent 600€ de moins par mois que les hommes pour leur retraite, on a eu l’idée saugrenue de s’attaquer au soi-disant «avantage» que constituaient les 8 semestres de bonification pour les mères de famille salariées. En matière de droits des femmes, on le voit donc, le mot acquis ne fait pas réellement partie du vocabulaire.

Cette mobilisation a également mis en lumière la gravité de la situation. Les chiffres sont connus, choquants et pourtant, ils ne bougent plus depuis quelques années. C’est le cas des inégalités professionnelles. Les femmes constituent encore 80% des travailleurs précaires et les écarts de salaires, qui s’étaient réduits depuis une cinquantaine d’année, stagnent lamentablement au dessus des 20%. C’est aussi le cas des violences conjugales. Dans ce domaine, la situation empire. On est passé d’une femme tuée tous les 3 jours à une femme tuée tous les 2 jours et demi. En France, en 2009, une femme est violée toute les 10 minutes. Quel que soit le côté vers lequel on tourne notre regard, les femmes sont toujours, et partout dans le monde, dans une situation où elles subissent plus fortement l’oppression : sociale, économique ou sexuelle.

Cette situation est donc grave pour les femmes. Mais elle l’est également pour chacun et chacune d’entre nous. Qui peut croire que lorsque les droits des plus de 50% de la population (les femmes) sont inférieurs à l’autre moitié, ce ne sont pas les droits des tous les salariés qui sont tirés vers le bas ? L’oppression que subissent les femmes est un vecteur de désagrégation sociale pour l’ensemble de la société. C’est pour cette raison que le combat féministe ne peut être un combat uniquement des femmes pour leurs droits. Il est un combat de l’ensemble de la société pour l’émancipation.

L’état des lieux que l’on vient de dresser peut parfois pousser au découragement. Lorsqu’on commence à regarder de près la situation des femmes, on prend conscience qu’en tant que militant socialiste, on traine derrière nous des millénaires d’histoire au cours desquels la société a été organisée de A à Z autour d’une idée constitutive : la prédominance de l’homme sur la femme. Ce système patriarcal est analysé et remis en cause depuis seulement une centaine d’années par les féministes, des scientifiques, des syndicalistes ou des militants de gauche. Mais il a la peau dure.

Pour renverser cet ordre établi qui bloque chaque jour l’émancipation de millions de femmes qui subissent au quotidien la violence, la précarité, l’impossibilité de mener de front vie professionnelle et vie familiale, il faudra au Parti Socialiste beaucoup de force lorsqu’il reviendra au pouvoir.

Peu de lois féministes se font naturellement. Elles ont toujours été le fruit de mobilisations en interne de notre parti et à l’extérieur. C’est donc aussi un des objectifs de cette mobilisation du 17 octobre : faire évoluer le rapport de force dans la société pour faire en sorte que la gauche soit poussée à faire avancer l’égalité lorsqu’elle en aura les moyens.

En interne d’abord parce que nous sommes encore loin du compte : il n’y avait que 22% d’intervenantes à La Rochelle, il n’y aura que trois têtes de listes femmes aux régionales et lorsqu’on regarde qui écrit, produit, intervient dans et pour le parti, on se dit qu’il y a peu d’espaces pour permettre aux femmes de progresser et d’accéder aux responsabilités. Le travail de formation et de mobilisation engagé par le Secrétariat National aux Droits des Femmes permet d’espérer que les choses vont évoluer.

L’investissement important du parti dans la manifestation nationale est aussi un signe encourageant. A nous, dans nos fédés, sections et commissions d’organiser qu’un maximum de militants socialistes soient présents dans le rue le samedi 17 octobre prochain.

cndf3 questions à Caroline De Haas, du Collectif National pour les Droits des Femmes (CNDF)

Qui est à l’initiative de la mobilisation du 17 octobre prochain ?

Cette manifestation a été appelée à l’initiative du Collectif National Droits des Femmes et Femmes solidaires. Le CNDF est un collectif qui rassemble des dizaines d’organisations associatives, politiques ou syndicales et qui organise chaque année les manifestations du 25 novembre (contre les violences) et du 8 mars (journée internationale de lutte des femmes pour leurs droits). Femmes Solidaires est une association nationale qui intervient dans tous les domaines où les droits des femmes sont remis en cause : violence, laïcité…

Au lendemain du 8 mars 2009, qui a vu descendre plus de 7000 personnes dans la rue, le CNDF et Femmes Solidaires ont donc choisi d’unir leurs forces pour rassembler un maximum d’organisations autour d’un appel unitaire pour défendre les droits des femmes.

La manifestation met en avant 6 thèmes de mobilisation. Ne risque-t-on pas un éparpillement ?

Nous avons beaucoup réfléchi avant de rédiger cet appel et d’appeler au 17 octobre : fallait-il manifester plutôt le 25 novembre et se cantonner au sujet des violences ? Fallait-il choisir un thème unique pour tenter d’obtenir de nouveaux droits ?

La gravité de la situation dans tous les domaines nous a poussées à choisir d’appeler à manifester pour défendre les droits des femmes dans leur intégralité.

Si les inégalités prennent des formes différentes : salaires, violences, absence de responsabilités… elles s’inscrivent dans un contexte général où les femmes sont infériorisées dans l’ensemble de la société. La crise économique et social accentue de plus les reculs des droits des salariés et les femmes en font souvent les frais les premières.

Les 6 thèmes choisis (égalité, liberté, autonomie, dignité, laïcité et solidarité) reprennent les thèmes de la manifestation de 1995. Ils permettent de montrer que pour faire évoluer les droits des femmes, il faut s’attaquer à un système politique, social et culturel qui, depuis des millénaires, exclut les femmes de la cité.

Cette analyse générale ne nous empêche pas de porter des revendications fortes qui pourraient permettre de faire évoluer rapidement la situation : égalité réelle dans les salaires, aucune fermeture de centres d’IVG, maintien des 8 semestres de rattrapages en matière de retraite, application de la loi sur la parité, création d’un ministère Droits des femmes…

Après cette manifestation, y a-t-il déjà des perspectives tracées par le mouvement féministe ?

La première étape consiste à réussir le RDV du 17 octobre. Chacune et chacun est convié à descendre dans la rue pour que le rapport de force penche en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Cette manifestation doit être une première étape pour préparer les rendez-vous suivants : le 25 novembre, le 8 mars 2010 (on fêtera les 100 ans de cette journée), les 40 ans du MLF en 2010 et, en juin prochain, la Marche Mondiale des Femmes.

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